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L’îlot de sable blanc vu du ciel, cerné d’eaux turquoise
Le banc de sable en forme de croissant, vu du ciel
Le banc de sable s’étirant sous un ciel voilé
L’îlot de sable blanc posé sur la barrière de corail

Guide du lagon

Ce qu’on a sous les pieds

Sur un îlot, les questions ne portent presque jamais sur les poissons. Elles portent sur la roche : pourquoi elle est si coupante, pourquoi elle est pleine de trous, d’où vient le sable blanc. Voici les réponses, et elles sont plus intéressantes qu’on ne le croit.

Mayotte s’enfonce. C’est pour ça qu’il y a un lagon.

Mayotte est un volcan. Le plus vieux de l’archipel des Comores : le volcanisme y a commencé il y a une vingtaine de millions d’années, et l’île est sortie de l’eau il y a environ neuf millions d’années. Depuis, elle fait une chose discrète et continue :elle coule.

Depuis un à un million et demi d’années, l’île s’enfonce d’environ cent mètres par million d’années. Et pendant qu’elle descend, le corail qui pousse sur son pourtourmonte vers la lumière, à peu près à la même vitesse — parce qu’un corail qui descend trop profond meurt.

Résultat : le récif reste en surface pendant que la terre recule sous lui. L’espace qui se creuse entre les deux, c’est le lagon. Darwin avait décrit ce mécanisme en 1842 sans jamais pouvoir le vérifier ; Mayotte en est un exemple de manuel, arrêté à mi-chemin entre l’île haute et l’atoll.

1 100 km²le plus vaste lagon fermé de l’océan Indien
~100 md’enfoncement par million d’années
160 à 197 kmde barrière récifale, selon les sources

La double barrière, une rareté mondiale

Au sud, le récif ne forme pas une barrière mais deux : une barrière externe, et une seconde à l’intérieur du lagon. Cette configuration n’existe quasiment nulle part — les études du BRGM n’en citent que deux autres cas au monde, aux Philippines et en Nouvelle-Calédonie.

La barrière externe court à trois à quinze kilomètres des côtes de Grande-Terre. C’est elle qui casse la houle du canal du Mozambique et qui fait du lagon une eau calme — donc navigable, donc habitable, donc le lieu où tout le reste se joue.

Un ensemble corallien des récifs de l’ouest de Mayotte, avec une très grosse colonie
Frédéric Ducarme — CC BY-SA 4.0

La roche coupante des îlots, c’est du récif mort

Cette roche beige et grise, criblée de trous, qui déchire les chaussons et sur laquelle on hésite à poser le pied nu : ce n’est pas de la lave. C’est du corail. Du récif ancien, soulevé puis cimenté, dont le squelette calcaire s’est transformé en calcaire récifal.

Regardez-la de près, accroupi. On y distingue encore, à l’œil nu, des structures de colonies : les étoiles des anciens polypes, les branches d’acropores couchées, les plateaux de porites. Vous marchez sur un récif qui a vécu, il y a des milliers d’années, là où il y a aujourd’hui de l’air.

Elle est coupante parce que le calcaire se dissout de façon irrégulière sous la pluie et l’embrun : l’eau attaque les zones tendres et laisse des arêtes. C’est le même phénomène qui creuse les grottes dans les massifs calcaires, en version miniature et accélérée.

D’où vient le sable blanc

Le sable des îlots n’est pas du quartz, comme sur une plage de Bretagne. C’est ducalcaire biologique : des morceaux de corail, de coquilles, d’oursins, d’algues calcaires et de foraminifères, broyés par la mer et par le vivant.

Et une bonne part de ce sable est passée par un intestin. Le poisson-perroquet broute les algues en arrachant le corail avec son bec soudé, broie le calcaire dans sa gorge, en digère la matière organique et rejette le reste en nuage blanc. Un gros perroquet produit plusieurs centaines de kilos de sable par an.

Le banc de sable blanc sur lequel on pose la glacière est donc, pour une large part, un dépôt de poissons-perroquets. C’est à peu près la chose la plus surprenante qu’on puisse raconter sur un îlot, et elle est parfaitement exacte.

Le platier, à marée basse

« Platier » est le nom de la partie plate du récif, celle qui se découvre ou presque à marée basse. En partant du rivage, on traverse toujours à peu près les mêmes zones :

  1. La plage et le sable — le domaine des traces : empreintes de tortues montées pondre la nuit, trous de crabes fantômes.
  2. Le platier interne — dalle de calcaire récifal, mares résiduelles, herbiers. C’est là que se tiennent leslambis, lesétoiles de mer et les holothuries. Les tortues y viennent brouter l’herbier à marée haute.
  3. Le platier externe et la crête — là où la vague casse. Corail vivant, courant, bénitiers encastrés, et le plus gros de la vie du récif.
  4. La pente externe — le tombant, côté large. Ce n’est plus un endroit où l’on marche.

Le platier se parcourt en chaussons ou en vieilles baskets, jamais pieds nus : la roche coupe, et certains habitants piquent. On évite de poser le pied sur le corail vivant — une colonie met des années à se construire et se casse en une seconde.

Ce qu’on vous demandera sur un îlot

Les îlots portent des panneaux de réglementation, et ils ne sont pas décoratifs. Trois règles tiennent l’essentiel :

  • Aucun coquillage ne repart. Bénitiers, porcelaines, lambis et tritons sont interdits de ramassage à Mayotte par l’arrêté pêche n° 2018/DMSOI/601 — coquille vide comprise.
  • On débarque en bout de banc. Lessternes et lesnoddis se reposent au milieu, et ils disposent de moins de dix sites sur toute l’île.
  • On repart avec tout. Y compris les épluchures : les déchets attirent les rats, et les rats mangent les poussins depaille-en-queue.
Le panneau de réglementation environnementale à destination des usagers de l’îlot Bandrélé
FredD — CC BY-SA 4.0
Un amas de coquilles de bénitiers et de lambis abandonné après une séance de braconnage, à Petite-Terre
Un amas de coquilles abandonné après une séance de braconnage à Petite-Terre. Chaque bénitier de ce tas représente une dizaine d’années de croissance.Frédéric Ducarme — CC BY-SA 4.0

Sources

  1. BRGM — Notice de la carte géologique de Mayotte, rapport RP-61803-FR, janvier 2013 : subsidence de l’île, édification de la barrière récifale, double barrière. infoterre.brgm.fr
  2. IPGP / REVOSIMA — bulletins de l’activité sismo-volcanique à Mayotte : déplacement et affaissement de l’île depuis la crise de 2018.ipgp.fr/revosima
  3. Parc naturel marin de Mayotte — chiffres du lagon (1 100 km²) et réglementation de la pêche et du ramassage, arrêté n° 2018/DMSOI/601 du 28 juin 2018.parc-marin-mayotte.fr
  4. ⚠ La longueur de la barrière récifale diverge selon les sources — 160 km (BRGM, 2013), 195 km et 197 km selon d’autres travaux. La fourchette est donnée telle quelle plutôt qu’un chiffre choisi.

Voir tout ça de près

Nos sorties à la journée font escale sur un îlot de sable blanc, avec le temps de marcher sur le platier à marée basse.

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